Lampe à huile romaine avec souffleur de verre (Musée archéologique de Ptuj, Slovénie)

Mariegola de la corporation des verriers de Venise (Musée Correr, Venise)

Enyiclopédie de Diderot et d'Alembert. Paris 1751-1772. Planches vol. 10. Dictionnaire Raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers.

Portrait de Bernardino Ramazzini (1633-1714). Artiste inconnu.

Lésion syphilitique de la lèvre supérieure chez un souffleur de verre (archives 'Clinica del lavoro', Milan), photographie publiée dans le Traité sur les maladies du travail d'Aristide Ranelletti, 1924.

Peinture représentant la syphilis, attribuée á Albrecht Dùrer (1496).

Souffleur de verre. Photographe inconnu

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Lampe à huile romaine avec souffleur de verre (Musée archéologique de Ptuj, Slovénie)


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Mariegola de la corporation des verriers de Venise (Musée Correr, Venise)


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Enyiclopédie de Diderot et d'Alembert. Paris 1751-1772. Planches vol. 10. Dictionnaire Raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers.


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Portrait de Bernardino Ramazzini (1633-1714). Artiste inconnu.


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Lésion syphilitique de la lèvre supérieure chez un souffleur de verre (archives 'Clinica del lavoro', Milan), photographie publiée dans le Traité sur les maladies du travail d'Aristide Ranelletti, 1924.


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Peinture représentant la syphilis, attribuée á Albrecht Dùrer (1496).


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Le verre, de la nature à l'homme

Le verre : technique de la nature

La nature produit du verre ; le plus ancien est contenu dans les météorites tombées sur la terre il y a des millions d’années. Du verre est également produit quand la foudre s’abat sur un terrain sableux contenant de la silice et forme une pierre vitreuse tubulaire, appelée Fulgurite, puisqu’elle provient de l’impact de la foudre. Mais le verre volcanique le plus commun est l’obsidienne . elle provient du refroidissement rapide de la lave et est composée à 75% de dioxyde de silicium (SiO2), dont la fusion n’est possible qu’à des températures très élevées (environ 1710°C). La technique de la nature (sable siliceux et feu) a certainement inspiré l’homme qui commença à produire les premières pierres de verre en Mésopotamie, vers la moitié du IIe millénaire av. J.-C. (fin du XVIe siècle ou XVe siècle av. J.-C.). Les premiers moulages sur noyau préformé (technique dite de « l’enduction sur noyau ») consistaient à modeler de l’argile, du sable et un liant organique (« cœur ») autour d’une tige métallique pleine. La découverte de ce procédé dériverait des techniques du travail de la céramique, connues dès le Ve ou IVe millénaire av. J.-C. dans le nord de la Syrie et répandues en Mésopotamie. Il est probable qu’un céramiste, ayant remarqué que l’émail était plus dur que la couche interne d’argile, ait enlevé cette dernière, obtenant ainsi le prototype d’un ouvrage en verre. Les progrès de cette technique artisanale furent liés à l’objectif d’obtenir des pierres dures qui imitent les pierres précieuses naturelles (par exemple le lapis-lazuli, la cornaline, etc.)

Le verre : technique de l’homme
La Mésopotamie, terre située entre le Tigre et l’Euphrate, disposait des matières premières : sable et bois de chauffage dans le Liban voisin. L’Euphrate reliait ces régions, depuis sa source dans l’actuelle Turquie et presque jusqu’à la mer. En sinuant vers la Syrie et la Mésopotamie, le fleuve dessinait une extraordinaire route commerciale navigable jusqu’aux gorges de Karkemish. L’importance d’un commerce du bois dans cette région dès la plus haute Antiquité est confirmée par une commande du roi de Babylone, Hammurabi (1700 av. J.-C.), pour l’achat de bois vert, utile pour la production du charbon. La Mésopotamie possédait, dans la ville de Mari (2300-1800 av. J.-C.), un palais avec des objets de valeur, y compris en verre. Mais, au fur et à mesure de la décadence du royaume de Babylone (1500-1300 av. J.-C.), ce sont les territoires de la côte phénicienne (l’actuelle Syrie) et l’Egypte qui acquièrent de l’influence dans la production du verre. La technique du verre se répand ainsi dans la région côtière phénicienne des villes de Tyr et de Sidon, où le sable est de très grande qualité. L’importance du développement du verre égyptien (XVIIIe-XIXe dynastie) est confirmée par de petits vases retrouvés dans la tombe du pharaon Thoutmosis III (1504-1452 av. J.-C.). De retour de ses campagnes militaires en Syrie, entre 1467 et 1445 av. J.-C., ce dernier ramena avec lui des verriers syriens qui donnèrent une impulsion à l’artisanat local. Le soufflage à la canne creuse pour raviver le feu est un procédé égyptien (3000-2000 av. J.-C.) et est probablement à l’origine de la technique révolutionnaire du soufflage du verre (Ier siècle av. J.-C.), répandue par les maîtres phéniciens dans la péninsule italique à partir de Pouzzoles (en Campanie), puis dans le Nord . La rapidité d’exécution du soufflage permet la diffusion d’objets en verre dans toute la région. Comme l’écrit Cicéron en 54 av. J.-C. (Discours Pro Rabirio Postum), avant la technique du soufflage, le verre était un matériau de luxe, comme le lin et le papier. Le verre aurait été introduit à Venise dans l’Antiquité (VIIe siècle av. J.-C.) par la population d’Aquilée, qui fut longtemps l’un des plus importants centres de production du verre romain, avec la présence de corporations de verriers. Ses habitants furent contraints de s’enfuir en raison de l’invasion des Huns guidés par Attila (452 apr. J.-C.). D’autres populations vénitiennes s’installèrent dans la lagune, originaires entre autres de la région côtière d’Adria, occupée par les Grecs. Adria fut un centre d’échanges commerciaux qui, avant et durant l’époque romaine, eut des contacts avec l’Orient hellénistique et Alexandrie d’Égypte, comme en témoignent les céramiques et, surtout, les verres travaillés trouvés sur son territoire. Les Vénitiens ajoutèrent du manganèse (MnO2) pour oxyder les impuretés du fer contenues dans le verre, le rendant ainsi de plus en plus clair et éliminant la tonalité verte ou marron due à la réduction du fer. En ajoutant au verre du plomb, du borate et une plus grande quantité de soude, les Vénitiens augmentèrent l’intervalle de temps au cours duquel le verre pouvait être travaillé et furent ainsi en mesure d’obtenir des formes plus sophistiquées et raffinées ; ils apprirent en outre une technique pour colorer le verre grâce à des additifs particuliers. Des documents et pièces attestent que cette technique était déjà présente sur l’île de Murano lorsque, en 1295, le Doge Pietro Gradenigo (1251-1311) ordonne que les verreries vénitiennes, alors en plein essor, y soient transférées. Cette décision est essentiellement due aux graves incendies provoqués par les fours des verriers, qui détruisaient les habitations en bois et paille de Venise. C’est ainsi que se développa sur l’île le plus important centre européen de fabrication du verre et que Murano devint « l’île du verre », où des artisans au talent extraordinaire ont développé et développent, aujourd’hui encore, de nouvelles techniques de production, de nouvelles compositions et couleurs.   La concentration des verreries à Murano permit à la République, fière d’un art qui l’avait rendue célèbre dans le monde entier dès les origines , de mieux contrôler l’activité des ateliers. Mais la rivalité avec le cristal de Bohême et le verre flint (lead crystal glass) anglais (riche en plomb) entraîna une crise importante au XVe siècle. Venise géra la crise notamment avec la réalisation de lustres qui font partie, aujourd’hui encore, des ouvrages les plus célèbres de Murano.

Le coût humain du verre
Outre le fait d’avoir entraîné des incendies dans les maisons situées à proximité des fours, le feu a causé des brûlures chez les artisans dès les premières étapes du travail du verre, avec la technique de « l’enduction sur noyau ». Le soufflage du verre avec canne creuse a probablement produit des risques encore plus importants d’épidémies infectieuses, surtout lors de la réalisation de vases de grande dimension, qui prévoyait l’alternance de plusieurs souffleurs. Les artisans, tout comme les scientifiques de l’époque, ignoraient les risques d’infection et se passaient la canne l’un à l’autre, sans aucune précaution. Si les bactéries et les microbes n’étaient pas connus à l’époque, on connaissait bien leurs effets qui frappaient fréquemment l’Europe lors d’épidémies comme celle de la peste noire à Venise en 1348, laquelle réapparaîtra en 1575 et en 1630. Par ailleurs, à la fin du XIIIe siècle, on assiste à la naissance des premières réglementations en matière d’hygiène et de santé ; c’est justement à Venise que fut établie l’une des premières réglementations pour le travail au sein d’industries particulièrement dangereuses, dont celle du verre.

L’observation du sable siliceux incandescent, émettant des radiations infrarouges, a également causé, avec le temps, l’opacité du cristallin. En effet, exposée à une température élevée, cette ‘lentille’ humaine naturelle, dépourvue de vaisseaux sanguins, ne peut éliminer la chaleur excessive accumulée. Au XVIIIe siècle, on trouve dans l’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert la représentation des premiers écrans de protection pour les yeux des verriers, qui ressemblent beaucoup aux masques actuels des soudeurs . À l’époque, la poussière de silice cristalline contenue dans l’argile, qui peut entraîner la silicose en se déposant dans les alvéoles pulmonaires, n’était probablement pas encore un problème ; les verriers travaillaient généralement dans des milieux ouverts et les quantités produites étaient limitées à une population restreinte, dans le cadre d’un commerce artisanal, pas encore industrialisé.

Il faut en tout cas attendre le premier traité sur les maladies des artisans (De morbis artificum diatriba, dont la première édition remonte à 1700, revue en 1713) pour lire un chapitre consacré aux maladies des verriers et des fabricants de miroirs. L’auteur du traité, Bernardino Ramazzini (1633-1714) ., médecin originaire de Carpi (dans la province de Modène), travailla pour la République de Venise, à l’époque de sa pleine expansion. Le travail des verriers, écrit Ramazzini, est si dangereux qu’il ne peut être effectué que par des personnes jeunes et robustes ; la violence du feu et la toxicité de certains colorants minéraux représentent les risques les plus importants. Les verriers souffrent en effet de formes aiguës d’inflammation des yeux, dues à la sécheresse des humeurs, et éprouvent une soif insatiable qui les pousse à boire du vin plutôt que de l’eau froide, celle-ci pouvant provoquer la mort par congestion. Les écarts de température sur le lieu de travail mettent en danger la vie des verriers, qui travaillent souvent torse nu, et entraînent des maladies pulmonaires, des pleurésies, de l’asthme et des toux chroniques. L’étouffement, l’ulcère pulmonaire et le risque de phtisie, comme le révèlent les autopsies, sont dus à la production de verre coloré, avec l’utilisation de mélanges de borax et d’antimoine. Ramazzini ajoute que les fabricants de miroirs courent encore plus de risques. À Venise surtout, ils subissent, tout comme les doreurs, les effets du mercure qui est étendu sur de grandes plaques de cristal, afin que le reflet des images soit plus vif. Ramazzini décrit les ouvriers de l’île de Murano, où l’on produit des miroirs de grande dimension, qui se regardent d’un œil torve dans les miroirs nés de leurs propres mains et maudissent le métier auquel ils ont dû se consacrer. Le tableau des maladies des verriers dressé par Ramazzini est grave et, selon le texte, la seule possibilité pour ces ouvriers d’échapper à la maladie est d’abandonner leur métier à l’âge de quarante ans et de vivre sagement le reste de leur vie au repos. En ce qui concerne les couleurs, c’est par son élève Giuseppe de Grandi, médecin et anatomiste de prestige à Venise, que Ramazzini sera informé du caractère toxique des colorants.

En 1913, deux siècles plus tard, lors de la célébration du bicentenaire de l’œuvre de Ramazzini, Aristide Ranelletti (1873-1945), médecin du travail originaire des Abruzzes, rappelle que c’est le Sénat de la République de Venise qui proposa à Bernardino Ramazzini la chaire de Médecine de l’Université de Padoue ; il ajoute que ce dernier hésita à quitter Modène mais que l’honneur de succéder à Giandomenico Santorini (1681-1737), auprès de l’Université la plus renommée du monde à l’époque, finit par le décider.

Dans son premier Traité sur les maladies du travail (1924), Ranelletti décrit les risques de contagion entre les souffleurs de verre, à travers la canne à souffler, et publie la photographie d’un souffleur de verre atteint de syphilome, lésion syphilitique de la muqueuse orale à l’origine de la contagion . La technique du soufflage à la canne déterminera en effet, chez les verriers, la présence d’épidémies de nature infectieuse, notamment de syphilis et de tuberculose, reconnues comme maladies professionnelles des souffleurs de verre.

L’origine géographique de la syphilis est, aujourd’hui encore, sujette à discussion chez les historiens : la maladie est désignée comme le ‘mal français’ par les Italiens, le ‘mal napolitain’ par les Français, le ‘mal espagnol’ par les Anglais, ou encore comme le ‘mal américain’ par certains spécialistes. Ces différences montrent que la syphilis n’avait guère bonne réputation ; son origine s’expliquait en effet essentiellement par la promiscuité sexuelle. La transmission de la maladie est évoquée avec ironie dans Candide de Voltaire (1694-1778) et dans les Mémoires du vénitien Giacomo Casanova (1725-1798).

En Italie, il est en tout cas certain que la maladie fut introduite à Naples, en 1494, par les troupes de Charles VIII, roi de France, et qu’elle se propagea rapidement, y compris à Venise. Deux ans plus tard, une représentation picturale de la syphilis est attribuée à Albrecht Dürer (1471-1528), lui-même probablement atteint de la maladie .

La syphilis des verriers est aussi décrite précédemment par Gaetano Pieraccini (1864-1957), médecin du travail d’origine toscane, dans son « Traité des pathologies du travail et des thérapies sociales » (1906), où il est souligné que la prévention, comme c’est souvent le cas, tarde à être appliquée. En 1913, un de ses collègues, Giovanni Petrini, dénonce le fait que les verriers italiens n’utilisent pas l’embout individuel, placé à l’extrémité des cannes à souffler, pratique déjà répandue à l’époque en Suède et en Australie.

La syphilis cérébrale, liée à la chronicisation de la maladie, pourrait avoir été la cause, avec l’épidémie de pellagre, de l’internement de verriers pour ‘démence’ à l’hôpital psychiatrique de l’île de San Servolo à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Mais ce serait le sujet d’un autre chapitre.

Successivement, la syphilis disparaîtra du panorama des maladies des verriers en raison, entre autres, de la naissance de l’industrie. Les artisans continueront toutefois à être victimes de maladies inflammatoires non contagieuses, comme l’inflammation des glandes salivaires, fréquente chez les souffleurs de verre et chez les trompettistes , l’inflammation de la muqueuse oculaire (ptérygion), l’intoxication aux métaux et les maladies respiratoires. Ces dernières persistent encore en 1980, comme cela a été signalé au cours du 43ème Congrès de la Société italienne de Médecine du Travail. Par ailleurs, un article récent, publié dans la revue « Environmental Science and Pollution Research International Journal » de janvier 2010, évoque les effets sur l’environnement de la pollution par les métaux dans la région de Murano.

L’île de Murano, ses artisans et ses ouvrages en verre nous racontent, aujourd’hui encore, des siècles d’histoire, une histoire faite de souffrances, que nous avons en partie décrites, mais aussi de défis internationaux. La créativité et l’expérience des verriers doivent continuer de s’exprimer aujourd’hui, jusque dans les petits objets offerts aux touristes, dont la qualité témoigne de la tradition séculaire de la ville. Venise, Murano, le verre et ses artisans méritent des conditions de travail toujours plus salubres, dans une lagune protégée et sauvegardée pour les prochaines générations et dont la beauté exceptionnelle des verres continue de surprendre et d’émerveiller.  

Silvana Salerno


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